jeudi 18 juin 2015
mercredi 20 mai 2015
L'Association
Nous avons créé l’association
des Cahiers Maurice Blanchot en 2011. Monique Antelme en était la présidente,
Danielle Cohen-Levinas la vice-présidente et Michael Holland le secrétaire et
le trésorier. Sous l’égide de cette association, nous avons fondé les Cahiers
Maurice Blanchot dont la vocation est d’accueillir des réflexions centrées sur
l’œuvre de Maurice Blanchot ainsi que des études ou des essais qui découlent de cette œuvre. L’expérience de l’écriture
telle que la vivait Maurice Blanchot implique un engagement dont les
implications excèdent le registre critique comme la littérature. L’œuvre de
Maurice Blanchot exige une réflexion sur la création littéraire elle-même, de sorte
qu’elle sollicite autant le registre critique que philosophique. Les Cahiers
Maurice Blanchot ne se veulent pas seulement un objet de recherche
blanchotienne, mais se veulent également une voix à l’écoute des multiples
sollicitations que suscite cette œuvre et auxquelles notre revue souhaite
répondre.
Danielle
Cohen-Levinas, Michael Holland
Association des
Cahiers Maurice Blanchot
Présidente :
Danielle Cohen-Levinas
Vice-Président et
Trésorier : Michael Holland
Comité
scientifique international : Geoffrey Bennington, Michel Deguy, Marguerite
Derrida, Kevin Hart, Jean-Luc Nancy
Monique Antelme
mardi 19 mai 2015
Les Cahiers
Les Cahiers Maurice Blanchot n°2
Les Presses du Réel
paru en mars 2014
édition française
17 x 20 cm (broché)
160 pages
17.00 €
Sommaire
Avec elle
Pour Monique
Danielle Cohen-Levinas, Jean-Luc Nancy, Discours prononcés lors des obsèques de Monique Antelme, au cimetière du Montparnasse, le mercredi 3 octobre 2012
Hommage de Maurice Nadeau paru dans la Quinzaine littéraire no 1070
Témoignages. Textes de Gisèle Berkman, Christophe Bident, Didier Cahen, Martin Crowley, Michel Deguy, Daniel Dobbels, François Dominique, Michael Holland, Robert Kelly, tr. Charlotte Mandell et Eric Trudel, Roland Klapka, Serge Margel, Frédéric Mora, Parham Sharjerdi, Michel Surya, Pierre-Antoine Villemaine
Hors Champs Monique Antelme. Entretien radiodiffusé de Laure Adler avec Monique Antelme
Blanchot et les questions juives
Passion de la communauté, entretien de Danielle Cohen-Levinas avec Jean-Luc Nancy
Lettre d'Edmond Jabès au Matin de Paris, présentée par Didier Cahen
David Banon, À l'écoute du judaïsme
Michael Holland, Triangulations au sujet de Blanchot et l'antisémitisme. En lisant Jean-Luc Nancy
Ginette Michaud, Jacques Derrida et Maurice Blanchot : la tentation de la littérature. Autour du dernier “dernier mot” : une note de lecture sur “Maurice Blanchot est mort”
Études
Christophe Bident, Blanchot, Leiris : question d'âge
Pascal Gibourg, Maurice Blanchot, nomade de la pensée
Francesco Vitale, Jacques Derrida. La littérature, la vie la mort
Notes de lecture
Christopher Fynsk, sur Leslie Hill, Maurice Blanchot and Fragmentary Writing. A Change of Epoch (éd. Continuum)
Hannes Opelz, L'espoir d'une communauté. Sur Philippe Lacoue-Labarthe, Agonie terminée, agonie interminable (Sur Maurice Blanchot) (éd. Galilée)
Pour Monique
Danielle Cohen-Levinas, Jean-Luc Nancy, Discours prononcés lors des obsèques de Monique Antelme, au cimetière du Montparnasse, le mercredi 3 octobre 2012
Hommage de Maurice Nadeau paru dans la Quinzaine littéraire no 1070
Témoignages. Textes de Gisèle Berkman, Christophe Bident, Didier Cahen, Martin Crowley, Michel Deguy, Daniel Dobbels, François Dominique, Michael Holland, Robert Kelly, tr. Charlotte Mandell et Eric Trudel, Roland Klapka, Serge Margel, Frédéric Mora, Parham Sharjerdi, Michel Surya, Pierre-Antoine Villemaine
Hors Champs Monique Antelme. Entretien radiodiffusé de Laure Adler avec Monique Antelme
Blanchot et les questions juives
Passion de la communauté, entretien de Danielle Cohen-Levinas avec Jean-Luc Nancy
Lettre d'Edmond Jabès au Matin de Paris, présentée par Didier Cahen
David Banon, À l'écoute du judaïsme
Michael Holland, Triangulations au sujet de Blanchot et l'antisémitisme. En lisant Jean-Luc Nancy
Ginette Michaud, Jacques Derrida et Maurice Blanchot : la tentation de la littérature. Autour du dernier “dernier mot” : une note de lecture sur “Maurice Blanchot est mort”
Études
Christophe Bident, Blanchot, Leiris : question d'âge
Pascal Gibourg, Maurice Blanchot, nomade de la pensée
Francesco Vitale, Jacques Derrida. La littérature, la vie la mort
Notes de lecture
Christopher Fynsk, sur Leslie Hill, Maurice Blanchot and Fragmentary Writing. A Change of Epoch (éd. Continuum)
Hannes Opelz, L'espoir d'une communauté. Sur Philippe Lacoue-Labarthe, Agonie terminée, agonie interminable (Sur Maurice Blanchot) (éd. Galilée)
Editorial
Une femme est morte. Elle s’appelait Monique Antelme et elle était notre amie. Fût ce avec la désolation du salut dévasté de l’adieu, ce numéro des Cahiers Maurice Blanchot, qu’il nous aura fallu mener à termes sans elle, lui est dédié. Sans elle, c’est à dire, avec son infatigable impatience qui forçait notre admiration. Il nous aura fallu tenir sans exigence de compréhension ou volonté hyperbolique. Accepter de poursuivre les Cahiers Maurice Blanchot sans Monique fut comme l’amorce d’un témoignage impossible qui, dans une extrême indécidabilité, nous aura sommé d’ouvrir le monde à ce qu’elle aimait : Die Welt ist fort, Ich muss dich tragen (Paul Celan). Les paroles d’amis et de proches réunies dans ce Cahier donnent à lire et à entendre ce laps de monde qui n’est plus et qu’il nous revient de porter sans trop savoir dans quelle direction porter notre regard. Qu’ils en soient remerciés. Mais quelle dédicace est aujourd’hui possible qui ne renverrait pas encore à la désolation, laissant notre salut à Monique dans la pleine vacuité forclose de notre chagrin ? Je pense aux mots de Jean-Luc Nancy parlant de Jacques Derrida, nous intimant de saluer, quoi qu’il arrive. Pour que notre salut puisse toucher l’intouchable, « il doit saluer sans salvation, mais il doit saluer ». Sans salvation : entre parole et silence, sans être empêché par ce qui n’en finit pas de nous manquer, comme si la distance entre nous et Monique ne pourrait jamais rien abolir, ni de la présence, ni de l’absence. Ce manque ne finira pas de sitôt. Il est cette démesure de l’absence où Monique n’en finit pas de nous parler et de nous sourire.
Danielle Cohen-Levinas
Michael Holland
Les Cahiers Maurice Blanchot n°1
Les Presses du Réel
paru en juin 2011
édition française
17 x 20 cm (broché)
128 pages (12 ill. n&b)
15.00 €
Sommaire
Vers Blanchot
Cartes postales de Jacques Derrida à Maurice Blanchot
Ouverture
Jean-Luc Nancy, Le neutre, la neutralisation du neutre
Didier Cahen, Le jour même
– « Le moment venu »
– « Blanchot est mort »
– « Ordre du jour »
Kevin Hart, Introduction à Nulle part sans pas [Nowhere without No],
traduction libre de Parham Shahrjerdi
Autour des Chroniques littéraires
Gisèle Berkman, Archéologie d’un geste critique
Danielle Cohen-Levinas, La tâche du chroniqueur
Leslie Hill, Le monde en ruines
Michael Holland, Blanchot et la sortie du nihilisme
Etudes
Jérémie Majorel, L’Arrêt de mort : une scène primitive ?
Daniel Dobbels, On sauve un enfant
Yuji Nishiyama, L’ennemi absolu de la littérature : Blanchot contre de Gaulle
Tribune libre
Michel Deguy, Penser l’écrire, écrire la pensée
Note de lecture
Serge Zenkine, sur Lettres à Vadim Kozovoi (éd. Manucius)
Editorial
Michael Holland
Cartes postales de Jacques Derrida à Maurice Blanchot
Ouverture
Jean-Luc Nancy, Le neutre, la neutralisation du neutre
Didier Cahen, Le jour même
– « Le moment venu »
– « Blanchot est mort »
– « Ordre du jour »
Kevin Hart, Introduction à Nulle part sans pas [Nowhere without No],
traduction libre de Parham Shahrjerdi
Autour des Chroniques littéraires
Gisèle Berkman, Archéologie d’un geste critique
Danielle Cohen-Levinas, La tâche du chroniqueur
Leslie Hill, Le monde en ruines
Michael Holland, Blanchot et la sortie du nihilisme
Etudes
Jérémie Majorel, L’Arrêt de mort : une scène primitive ?
Daniel Dobbels, On sauve un enfant
Yuji Nishiyama, L’ennemi absolu de la littérature : Blanchot contre de Gaulle
Tribune libre
Michel Deguy, Penser l’écrire, écrire la pensée
Note de lecture
Serge Zenkine, sur Lettres à Vadim Kozovoi (éd. Manucius)
Editorial
Toute
sa vie Maurice Blanchot a été un homme de revues. Tandis que par le
travail de son écriture ses liens au livre sont allés en s'amenuisant
avec le temps, sa participation, son attention, son assentiment à la vie
des revues sont restés constants, depuis le journalisme d'avant-guerre,
en passant par le projet d'une revue de poésie pendant l'Occupation,
jusqu'à la tentative de fonder une Revue internationale laquelle, à
force d'échouer, permit à son écriture d'atteindre l'exigence de
fragments qui, dans un maintenant dégagé à la fois du temps hors temps
du livre et de celui du quotidien, ouvre à l'inactuel qui est le
véritable temps des revues.
Lancer des Cahiers Maurice Blanchot,
ce n'est donc en aucune façon céder aux illusions d'actualité que cette
forme peut encourager. Comme Nietzsche pour Heidegger, Blanchot demeure
trop contemporain encore, d'un abord difficile, lisible uniquement dans
un moment qui traverse le quotidien comme ce qui le fracture et en même
temps le relance. Bref, aujourd'hui comme au début de sa carrière
d'écrivain, au-delà d'une mort encore durement ressentie, l'écriture de
Blanchot dérange.
C'est
dire jusqu'où son époque l'aura, pour le moment, à peine lu. Pire
encore, pressentant sans doute les dérangements que cette œuvre lui
promet, l'époque, ne se contentant pas de ne pas le lire, se donne pour
but – par des voies parfois détournées mais en fin de compte
convergentes – l'étouffement, la suppression même de cette œuvre
singulière.
Y
a-t-il paradoxe plus grand que de voir l'écriture de Blanchot, qui
offre une voie d'accès à l'actualité culturelle et politique, à ce que
nous appelons notre époque, reléguée au passé et soumise aux jugements
d'une bonne conscience trop soucieuse de sa tranquillité pour oser se
laisser interpeller par cette voix qui l'accompagne ?
Sans
se désolidariser de l'extraordinaire travail de recherche, d'édition,
de recensement qui a pris son élan depuis quelque temps – saluant dans
chaque livre qui paraît, chaque rencontre qui se projette, chaque
intervention qui se diffuse, la preuve que l'exigence de l'écriture de
Blanchot est toujours accueillie – lesCahiers Maurice Blanchot se
donnent pour but d'introduire au sein de notre actualité ce qui dans
l'exigence de cette œuvre la dérange, et de ce fait lui donne à se
penser.
Monique Antelme
Danielle Cohen-LevinasMichael Holland
dimanche 15 février 2015
L'Archive introuvable
Il ne croyait pas si bien dire. En répondant en ces
termes au jeune chercheur qui l’interrogeait en 1974, Maurice Blanchot
pouvait-il savoir que peu d’années après une mort encore lointaine, brouillons,
épreuves, cartes et papiers de toutes sortes seraient mis en vente,
apparaissant, disparaissant au fil des catalogues des libraires et des salles
de vente, un peu comme ces paroles de
rues fêtées en 1968, qui « passent avec le passant qui les transmet,
les perd ou les oublie[2] » ?
Bien
entendu, cette déclaration va tout à fait dans le sens de tout ce qu’on a
entendu Blanchot dire et répéter pendant des décennies. En 1958 par exemple, au
sujet de Nietzsche : « On
aimerait recommander aux écrivains: ne laissez rien derrière vous,
détruisez vous-mêmes tout ce que vous désirez voir disparaître, ne soyez pas
faibles, ne vous fiez à personne; vous serez nécessairement trahis un jour[3] ». En 1984 il confie à Vadim Kozovoï : « Malheureusement
je ne garde et ne possède rien, surtout en ce qui concerne mes écrits[4]. » Et quelques mois
plus tard : « Vos livres, vos archives – c’est un problème quasi
insoluble. Pour moi, chaque fois que changé d’endroit, j’ai toujours abandonné
livres et manuscrits, de sorte qu’aujourd’hui seule me reste la mémoire
jusqu’au jour où elle me manquera [5]». Plus tard il attribuera à « mon désordre » le
fait qu’il ne trouve pas l’anthologie américaine de ses écrits qu’il veut
envoyer à son correspondant[6].
Cependant,
ce vœu tant de fois exprimé semble avoir attendu la mort pour enfin devenir réalité.
À partir de là, en effet, une autre perspective s’installe. Tout commence vers
2006 lorsqu’un libraire, ayant assemblé sous l’intitulé « Archive Maurice
Blanchot » divers jeux d’épreuves et autres pièces, les met en vente à un
prix plutôt prohibitif. L’une de ces pièces, les épreuves de L’Entretien infini, est finalement
achetée en 2010 par la Houghton Library de l’Université de Harvard, devenant
ainsi disponible en perpétuité aux chercheurs du monde entier. Quant aux autres
pièces, parmi lesquelles les épreuves de L’Attente
l’oubli, on ne sait pas ce qu’elles sont devenues. Christie McDonald et
Leslie Morris qui ont mené à bien le sauvegarde de ces épreuves (et à qui la communauté
des « Blanchotiens » doit leur profonde gratitude) ont publié le
récit de leur acquisition par la Houghton Library sur un site de l’Université
de Harvard[7]. Il a été repris par le
site Espace Maurice Blanchot (blanchot.fr)[8].
Cette épisode marque un tournant en ce qui
concerne l’idée même d’une archive des écrits de Maurice Blanchot. Car elle
révèle que, loin de se délester systématiquement des rebuts de son activité
d’écrivain, Blanchot semble au contraire, comme tout un chacun, avoir
emmagasiné parfois soigneusement les premiers états, brouillons, aide-mémoire
et autres griffonnages qui se sédimentent au fur et à mesure lorsqu’on écrit.
Bref, aussi résolu fût-il à ne rien garder,
Blanchot ne se décidait pas non plus à rien jeter.
Bien plutôt, si c’est par une sorte de série de mues que les écrits arrivent à
leur état définitif, dans son cas les minces pellicules de cette désquamation
se sont déposées d’un endroit à l’autre et d’année en année, restant là, sans
doute inaperçues, longtemps après la métamorphose dont elles fournissent la
trace.
Avec la
mort un vent passe. D’endroit en endroit, ce qui dormait à l’abandon revient à la vie. Depuis 2006, documents et
objets de divers genres sont régulièrement mis à prix : carte d’électeur,
carnet de change, contrat d’édition, correspondance avec la Caisse des Écrivains,
épreuves, manuscrits et tapuscrits, versions de récits revues pour une édition
en collection de poche, lettres (y compris plusieurs de Georges Bataille à
Denise Rollin trouvées chez lui), et surtout livres dédicacés : de lui à
d’autres, y compris d’émouvants envois à sa mère et à sa sœur, et puis par
dizaines voire centaines, ceux qu’on lui envoyait (au moment d’écrire, à peu près deux cents livres
envoyés avec dédicace à Blanchot sont en vente à qui a les moyens
(considérables) de se les offrir – deux exemples à tout hasard : L’Arrière-pays
(1972) d’Yves Bonnefoy, estimation 500€ -- 600€ ; Carson McCullers, Le Cœur est un chasseur solitaire (trad. fr. 1947), portant le dédicace
« For Maurice Blanchot from Carson McCullers », 1250 $).
Cette
situation, il faut le dire, est préoccupante. Sans contester le droit des
libraires de faire leur métier, on finit par se dire parfois qu’on
aimerait mieux savoir tous ces documents brûlés, déchirés ou réduits en
poussière selon le vœu originel de Blanchot, plutôt que de voir leur totale
absence de valeur à ses yeux récupérée et transformée en plus-value
commerciale. Mais d’un autre point de vue, en partant du fait que, contre toute
attente, une archive Blanchot existe bel et bien, on se dit qu’au regard de ce
qui se fait actuellement autour d’André Breton, de Roland Barthes, ou de
Marguerite Duras par exemple, l’absence de tout souci d’ordre scientifique dans
le traitement de ce matériel fait courir à ces documents parfois très précieux
les plus grands risques.
Mais il y a une autre dimension à cette
« archive introuvable » : tandis que le marché du livre ancien
va continuer d’amener au jour de précieux documents dans tous les genres (et nous
serons attentifs à ce qui se produit dans ce domaine), il y a, ici et là, dans
des archives, des journaux et revues, des correspondances, tout un fonds de
matériel demeuré inconnu et qui serait d’une utilité certaine aux
chercheurs.
n
C’est
pour répondre à ce double état des choses que nous avons décidé de lancer notre
rubrique « L’Archive introuvable ».
n C’est pour saisir au passage et
enregistrer tout élément textuel ou biographique, de quelque importance qu’il
soit, qui normalement figurerait dans une archive gérée scientifiquement, que
cette rubrique existera.
n Dans chaque numéro des Cahiers Maurice Blanchot nous offrirons un échantillon de nos
trouvailles.
n
La
rubrique pourra être consultée aussi sur le blog des Cahiers Maurice Blanchot (http://bloglescahiersmauriceblanchot.blogspot.fr/), où elle sera régulièrement mise à jour.
CETTE RUBRIQUE EST OUVERTE
À TOUS.
Nous vous invitons donc à nous adresser à cahiersmauriceblanchot@gmail.com tout ce que vous savez, tout ce que vous
trouvez qui pourra alimenter « L’Archive introuvable » des écrits de
Maurice Blanchot. Ce que nous publierons sera bien entendu attribué.
À titre d’exemple de ce que cette rubrique pourra
contenir nous donnons ci-dessous quelques références et indications pour mettre
les choses en route.
M.H.
_________________________________________________________________________
Les
premiers pas d’un critique
Se remémorant ses débuts de journaliste au Journal des Débats Blanchot écrit dans
sa lettre à Roger Laporte : « Quel était mon rôle ? D’apprendre
à tout faire pour pouvoir tout faire[9]. »
Non encore répertoriés, trois textes de ces
premières années aux Débats montrent
bien la diversité de son attention à cette époque.
1. Le Cinéma. La première de « Mistigri » au Théâtre Marigny. Journal
des Débats, 4 décembre
1931, p. 4. Signé M. BL.
Mistigri, un film réalisé par
Harry Lachmann d’après l’œuvre de Marcel Achard, parut en salles en décembre
1931. La pièce se jouait au Théâtre Daunou depuis décembre 1930, mise en scène
de Jacques Baumer.
Voici la critique du journal Le Matin (4 décembre 1931, p. 4).
Au théâtre, Mistigri
a remporté un grand succès. Le ton neuf de cette comédie, la délicatesse si
expressive et nuancée du dialogue, un art très humain avaient séduit la
critique. A l'écran, cette œuvre ne manquera pas d'avoir le même accueil. Elle
garde toutes ses vibrations et tous ses miroitements. Quoi d'étonnant puisque
c'est M. Marcel Achard lui-même qui a écrit le dialogue ce de film, mis
en scène par Harry Lachmann. Jean de la Lune
a eu au cinéma un véritable triomphe; M. Marcel Achard peut attendre de Mistigri une
égale fortune.
Le compte rendu de Blanchot montre déjà une
capacité d’analyse bien au-delà de ce que les journaux offraient d’habitude à
leurs lecteurs.
Il commence par noter l’élégance particulière
de la salle. Le film est parfois inégal, mais non sans trouvailles et scènes
charmantes. Il loue d’un côté
l’originalité de la photographie, grâce à laquelle les mouvements le plus
simples sont mis en valeur avec naturel ; et de l’autre « un comique
qui ne s’abandonne pas et, éclatant dans la scène la plus tragique, l’empêche
de devenir tout simplement romantique. »
Cette dernière phrase semble anticiper certains aspects de Thomas l’obscur.
En indiquant pour conclure que la salle
applaudit tout le long de la projection, l’article suggérerait que le
comportement du public de cinéma à l’époque différait peu de celui dont on
avait l’habitude au théâtre.
2.
La Musique / L’hommage à Debussy aux
Champs-Élysées. Journal des Débats, 19 juin 1932, p. 5.
Signé MAURICE BLANCHOT.
Claude Debussy meurt le 25 mars 1918. Celui
qui signait ses dernières œuvres « Claude Debussy. Musicien
français » fut élevé entre les deux guerres au rang de compositeur
national, celui que D’Annunzio appelait « Claude de France » et qu’on
fêtait comme le libérateur de l’emprise wagnérienne sur la musique française[10].
Ce culte posthume culmina avec la décision en
1932 d’ériger deux monuments à la mémoire de Debussy, celui des frères Martel à
Paris, celui de Maillol à Saint-Germain-en Laye. L’inauguration du monument de
Paris eut lieu le 17 juin 1932. Une semaine auparavant, le 6 juin, Ignace
Paderewski donna au Théâtre des Champs-Élysées le premier concert au profit des
monuments Debussy. Au même théâtre le 17 eut lieu une grande soirée de gala
pour l’inauguration du monument (festival qui fut à l’origine de la création de
l’Orchestre national de France deux ans plus tard).
Blanchot consacre un texte relativement long à
cet événement, qui débute par l’affirmation d’un principe auquel il ne dérogera
jamais par la suite : « Le plus bel hommage qui puisse être rendu à
un grand artiste c’est l’attention aux nuances diverses de son art. Ce qui
honore le mieux sa mémoire, c’est son œuvre même. »
Il constate ensuite le fait qu’un très grand
nombre d’artistes étrangers ont tenu à associer leurs pays à cette célébration
par leur participation. Il cite en particulier Arturo Toscanini et Felix
Weingartner. Car, poursuit-il, cette fête ne fut pas seulement celle d’un
musicien français mais la fête même de la musique. Se servant d’un terme
destiné aux pires compromissions dans les années à venir, il affirme que ce qui
s’est exprimé dans la musique de Debussy, c’est « l’esprit même de notre
race » ; en même temps il montre que très tôt dans sa carrière il
subordonnait cette notion (bombe à retardement de la culture occidentale) à une
conception humaine plus globale quand il identifie cet « esprit » tel
qu’il s’est exprimé à travers Debussy à « une forme très pure et très
générale de l’art musical », par rapport à laquelle les
« races » française, italienne, allemande demeurent donc secondaires.
C’est aller à contre-courant du chauvinisme courant qui voyait en Debussy une
digue contre le wagnérisme et le germanisme. La musique française a atteint un
absolu de la perfection humaine.
Ensuite c’est avec la finesse d’un mélomane
habitué des salles de concert que Blanchot commente tour à tour les œuvres de
Debussy au programme de cette soirée : le Martyre de Saint Sébastien, les Nocturnes, le Prélude à
l’après-midi d’un faune, La Mer
sous le bâton d’A. Toscanini, le IVe acte de Pelléas et Mélisande. Innovation considérable sans doute, le Prélude à l’après-midi d’un faune dirigé
par Félix Weingartner fut transmis par T.S.F. en direct de Bâle.
« “L’appel au loin du faune”, nous vint rarement d’aussi loin dans un
concert public » remarque Blanchot. En fait, l’expérience fut une
catastrophe, le lien radiophonique avec Bâle fonctionnait mal, au grand
agacement de certains, tel le sculpteur Paul Landowski qui écrit dans son Journal : « On nous a donné
par T. S. F. L'Après-midi d'un Faune, joué à
Bâle. Ce fut affreux. J'étais heureux de cette faillite de la machine. Quelle
sottise de vouloir faire d'une machine un instrument d'art[11]. » Pour sa part
Blanchot réagit avec bonne humeur et même avec humour :
« Malheureusement, en chemin la flûte avait perdu de son accent rêveur, et
nous ne pûmes que pressentir l’âme harmonieuse que dut éveiller M.
Weingartner. » Il finit par
constater l’excellence de la transmission du point de vue radiophonique.
Dans ses évaluations de la musique de Debussy
Blanchot vante l’extrême diversité de l’œuvre du compositeur contre ceux qui
n’y voient aucune variété, repoussant l’étiquette d’impressionnisme qu’on lui
attache trop facilement, montrant comment Debussy pousse cette tendance jusqu’à
la limite où il révèle sa construction secrète, et en même temps déplorant
l’esprit plus réaliste qui s’est emparé de Pelléas
depuis l’époque de ses premières représentations, dont le souvenir, dit-il (qui
pourtant n’y assista pas…) fut rappelé par la présence des créateurs des
principaux rôles en 1902.
En conclusion il résume l’originalité de l’art
de Maeterlinck en termes qui annoncent le raffinement de ses analyses à venir
et confirme la proximité de sa sensibilité littéraire en formation avec celle
qui inspira le Symbolisme.
3. « Pervigilium Mortis ». Journal des Débats, 14 janvier 1933, p. 2. Signé M.BL.
Prenant prétexte sans doute d’un article d’Yves-Gérard Le
Dantec dans les Nouvelles littéraires qu’il
cite au cours de son article, Blanchot consacre toute une brève étude à un seul
poème de Pierre Louÿs, « Pervigilium mortis », qu’il décrit comme une
œuvre presque inconnue, recueillie d’abord par quelques disciples et révélée
deux ans avant dans les Poésies complètes
de l’auteur. C’est un poème dit-il qui attend de prendre sa place dans notre
poésie symbolique [sic]. En comparaison avec la décadence d’Aphrodite, ce poème apparaît comme
l’œuvre d’un artiste délivré des facilités de son art. Anticipant une des
procédés de lecture de son œuvre critique ultérieure, Blanchot souligne
l’existence de deux niveaux poétique dans ce poème : « le thème
traditionnel de l’immortalité poétique devient […] une “incantation” où la
poésie et l’amour mêlent leur beauté ». Y.-G. Le Dantec ayant publié les
deux versions du poème, Blanchot cite celle de la dernière strophe, où des
images maniérées cèdent à une expression plus hautaine. Blanchot conclut son
texte en décrivant Louÿs comme un Alexandrin qui a cherché « à faire
remonter l’alexandrinisme à ce qu’il y a de pur dans ses sources » On
pense au dédicace inscrit sur le premier livre d’Emmanuel Levinas en
1932 : « À Maurice Blanchot, ce livre si peu alexandrin[12] ».
Jean Vilar
À l’automne 2011 les enfants de Jean Vilar découvrirent
la correspondance qu’avaient entretenue leurs parents à partir de 1941, l’année
de leur rencontre. L’Espace Maurice Blanchot (www.blanchot.fr) a publié un extrait
d’une lettre de septembre 1941 évoquant Thomas
l’obscur, qui venait de paraître :
Je lis le premier livre du camarade Maurice
Blanchot, qui vient de paraître et que j'ai acheté en gare de Nîmes. Je t'avais
parlé de Blanchot à Sète. Tu dois lire ce livre. Je n'en suis qu'à la 45è page,
je trouve tout ce que j'ai déjà lu remarquable, étrange ; tout plein d'une
poésie en dehors du logique, du quotidien. C'est pour moi une œuvre qui va
désormais compter dans mes pensées. Tendresse pour cette œuvre, comme sur un
plan différent, je puis avoir tendresse pour toi[13].
« Camarades », Blanchot et Vilar l’étaient dans
le mouvement « Jeune France », organisme culturel subventionné par le
gouvernement de Vichy mais nullement soumis au programme idéologique de
celui-ci. En 1981, dans une lettre à Jeanne Laurent[14] qui préparait un dossier
sur « Jean Vilar avant le Théâtre national populaire », Blanchot
évoquait leurs relations. L’ayant peu connu, Blanchot a néanmoins eu des
entretiens avec Vilar. Mais chacun restait réservé, Blanchot évoquant son souci
d’éviter tout compromis avec le régime et indiquant qu’avec d’autres il a
démissionné de Jeune France. En
particulier Blanchot se souvient qu’à l’époque, Vilar était persuadé d’avoir
une vocation d’écrivain pour le théâtre et qu’il avait lu à ses camarades
plusieurs pièces que même lui trouvait peu réussies[15].
Bruno
Tackels dans Les Voix d’Avignon
confirme :
[Vilar] a lui-même commencé par écrire une
pièce […] qu’il avait soumise à Paul Flamand, qui dirigeait la revue Jeune France pendant la guerre. Ce
dernier l’avait fait passer à un certain Maurice Blanchot, qui ne l’avait pas
trouvée excellente, comme en atteste une « note de lecture », tout en
saluant l’énergie et la jeunesse d’une écriture qui donnaient envie que ce
texte passe à la scène. Manière fine et élégante (combine visionnaire peut-on
dire aujourd’hui) de dire à son auteur qu’il ferait mieux de se consacrer à
l’artisanat de la scène plutôt qu’à l’alchimie de l’écriture dramatique. L’impétrant
suivra son conseil[16].
Il s’agissait de la pièce intitulée Aimer sans savoir qui, une adaptation de la pièce de Lope de Vega Amar sin saber a quién (1620). Dans une
longue note au Secrétariat d’Études de « Jeune France » qui se trouve
dans les archives de la Maison Jean Vilar d’Avignon, Blanchot expose les
raisons qui l’amènent à recommander qu’on ne donne pas suite à la demande de
Vilar d’inclure la pièce dans un livre sur le théâtre, ni qu’on l’édite dans
une collection de théâtre. S’il est prêt à louer l’accessibilité de la pièce
pour un public de théâtre, il ne croit pas qu’elle apporterait à un livre ce
qu’il nomme les valeurs exemplaires ou l’exigence de recherche créatrice qui
accompagnent une invention véritable. Jean Vilar doit être encouragé, mais non
pas en publiant une œuvre qui n’est pas accomplie. Jouer une pièce, même si
elle est imparfaite, c’est une chose ; l’éditer dans une collection serait
imprudemment satisfaire l’amour-propre de son auteur et le faire croire que ce
qui n’est qu’un exercice mérite le statut d’une œuvre[17]. (Il est intéressant de
noter que, à l’instar de Mallarmé, Blanchot conçoit le théâtre comme un art
accessible à un grand public, tandis que, plusieurs témoignages l’attestent,
l’œuvre écrite devait se maintenir au plus haut niveau et rester à jamais
étrangère à un art populaire.)
Blanchot
termine son rapport en invitant l’avis du Secrétariat d’Études, et une
note signée Xavier de Lignac, entérine
son verdict : « Je suis totalement d’accord avec les termes de cette
note », avant de conclure : « C’est la qualité même des dons de
l’auteur qui incline à l’exigence en ce qui concerne une publication de sa
pièce. » Enfin une note de la main de Pierre Fresnay du 14 mars 1941
décrit Aimer sans savoir qui comme
« le type de pièce qui mérite l’appui de “Jeune France” ».
En plus de ce document substantiel il existe
dans une enveloppe marquée « Blanchot » dans le fonds Jean Vilar
(cote : 4 – JV – 195, 2) six petites lettres :
1. petite feuille sans date, envoi de vœux et d’amitié
2. carton blanc même format avec au verso « Arrivée
19 / 02 / 57 », parle de son fidèle souvenir et sa sympathie
3. morceau de programme de théâtre, au verso BAL MASQUÉ /
Comédie en 3 actes / de Mme Henriette CHARASSON, dit qu’il n’a pas pu voir JV
lors de son passage à Paris car tout était « complet ». Sentiments
d’amitié.
4. mardi. Assure JV que son silence n’équivaut pas à de
l’oubli ; l’invite à lui faire signe quand il aura le temps ; exprime
son plaisir à le « sentir près d’un sentiment nouveau ».
5. envoyé de Quain, 20 septembre. Demande pardon de ne
l’avoir ni vu ni de lui avoir écrit ; l’assure de sa confiance et de la
signification qu’a tout ce qu’il fait.
6. envoyé de 16, rue Soyer, Neuilly, mardi : l’a vu
en scène et lui exprime ses louanges et son admiration .
Des recherches pourront un jour dater plus
précisément ces lettres. Dans sa lettre
à Jeanne Laurent Blanchot précise que « c’est seulement bien plus tard.
Lorsqu’il m’invita à reconnaître son travail sur Strindberg, que je découvris
son talent ». Il s’agit peut-être de la production d’Erik XIV à Avignon en 1960.
Francis Ambrière
Blanchot et
Francis Ambrière ont tous deux collaboré avant la guerre à l’hebdomadaire de
Paul Lévy Aux Écoutes.
En septembre
1939, Francis Ambrière partit sur le front de la Sarre. Devenu prisonnier, il
connut plusieurs lieux de détention en Allemagne puis, pour avoir tenté de
s’évader et refusé de travailler pour l’ennemi, fut envoyé au camp
disciplinaire de Kobjerzyn, le « Stalag 369 », ouvert en 1942, près de
Cracovie. Là, il créa et dirigea le théâtre du camp, prononça des conférences
et ne cessa jamais de lire ni de prendre des notes. Il fut choisi par ses
codétenus comme « homme de confiance » du camp.
Dans une des
premiers « Chroniques littéraires » en 1941 Blanchot évoque le
journal que Francis Ambrière fait paraître tous les mois dans son camp[18].
Le Fonds
Francis et Madeleine Ambrière de la Bibliothèque de l’Institut (MS 7943
Correspondance de guerre) contient
plusieurs lettres de Paul Lévy à F. Ambrière, dans l’une desquelles (du
16 février 1940) on lit : « Je communique votre lettre à Blanchot
qu’elle intéressera. » Suit une énigmatique allusion au « retour du
valeureux guerrier » dont « nous avons souri », puis Lévy
écrit : « Il était inutile de me dire de n’en pas faire état. Ni
Maurice Blanchot ni moi-même n’y avons fait et n’y ferons la moindre
allusion. »
Dans une
lettre datée du 5 février Lévy écrit : « Bien que je ne veuille pas
me laisser aller à des illusions, je voudrais tout de même vous transmettre
l’avis de Suisses fort bien placés, qui sont convaincus que l’Allemagne
s’effondrera avant la fin de l’année. […] Espérons donc et croyons ce qui n’est
pas tout à fait croyable. » Et dans la lettre du 16 février déjà citée :
« Je persiste à penser que si nous avons des hommes capables de vouloir et
qu’on coupe l’Allemagne du minerai de fer et du pétrole, la guerre sera
courte. »
Nulle
complaisance, on le constate, envers le futur occupant.
Dans le même
fonds il existe aussi sept lettres de Maurice Blanchot à Francis Ambrière
couvrant une période entre 1939 et 1947 et qui offrent de précieux aperçus sur
la situation de Blanchot avant et pendant la guerre.
1. le 30
octobre 1939. Blanchot parle de la vie à Paris pendant cette période.
2. le 3
décembre 1940. Envoyée de 39, rue Pascal, Paris XIII par la
Kriegsgefangenenpost [courrier des prisonniers de guerre]. Ayant quitté
Clermont depuis plusieurs mois Blanchot décrit sa situation à Paris.
3. le 25
février 1941. Envoyée de 39, rue Pascal. Importantes précisions sur son travail
et ses projets en cette période.
4. le 21 mai
1941. Envoyée de 39 rue Pascal. Précision sur ses activités à « Jeune
France » et ses projets.
5. le 14 juillet 1943. Envoyée de 39, rue
Pascal. Parle d’Aminadab et de
l’avenir.
6. le 20
mars 1944. Envoyée de 16, rue Soyer à Neuilly. Lettre très allusive, la fin
approche.
7. le 4
janvier 1947 [en fait le 20 octobre 1946]. Envoyée de 15, rue François Blanc,
Beausoleil, Alpes-Maritimes. Parle du Goncourt de F.Ambrière.
Correspondance complémentaire
En 2012 une
lettre a été mise en vente et le détail est passé brièvement sur internet.
Adressée à
Henri Petit et datée du 29 octobre 1941 elle annonce la démission de Blanchot
de « Jeune France ». Ayant demandé à H. Petit de collaborer aux
cahiers et aux collections qu’il projetait, et où il avait vu un intérêt qu’il
croyait valable, il se sent tenu de lui expliquer les raisons de son changement
de sentiment. Celles-ci sont fournies dans un certain détail.
Brèves
et echos
1. Le
Prix Réjane
Le Temps, 14 juillet 1938, p. 6.
Courrier de
l’écran / Le Prix Réjane au cinéma.
Ainsi que les écrivains et les peintres qui
ont leurs prix, les comédiens et les artistes du cinéma ont à présent le leur,
c’est le prix Réjane. Il vient d’être décerné pour la première fois.
C’est
une distinction purement honorifique. Aucune somme d’argent n’y est allouée, Le
jury, présidé par M Eugène [en fait Aurélien Lugné-] Poe, et réunissant parmi
ses membres Mmes Colette, Suzanne Després, MM Alexandre Arnoux, Maurice Blanchot, Pierre Brisson,
Benjamin Crémieux, Kléber Haedens, Thierry Maulnier, Stève Passeur, André
Ransan, Armand Salacrou, René Trintzius, a fait connaître sa décision.
Le prix
Réjane a été attribué à M. François Perrier et pour le cinéma, c’est Mlle
Gisèle Préville qui a été désignée à la majorité de 7 voix, les autres
suffrages s’étant répartis entre Mlles Michèle Morgan et Corinne Luchaire.
[Voir aussi Journal
des Débats 10 juillet 1938, p. 4 ; Le
Figaro, 8 juillet 1938, p. 1 ; Le
Matin, 13 juillet 1938, p. 6]
Journal des Débats, 4 août 1939, p. 4
Le prix Réjane est décerné.
Le prix
Réjane, qui est destiné à signaler chaque année à l’attention de jeunes acteurs
de théâtre et de cinéma, vient d’être décerné pour la seconde fois.
C’est M.
Michel André, jeune comédien remarqué dans la Maison Monestier qui, par six
voix contre trois à M. Georges Rollin, deux à M. Bernard Blier, une à Mlle
Guitty Flexer, et une à Mlle Florence Lynn, a remporté le Prix Réjane du
théâtre.
Pour le
cinéma, c’est Mlle Madeleine Robinson qui a été désignée à la majorité de six
voix, les autres suffrages s’étant répartis entre Mlles Jeanine Darcy, Sylvia
Bataille et Micheline Presles.
Mlle
Madeleine Robinson a créé brillamment un rôle dans Le Mioche et Gosse de riche.
Le jury,
présidé par M. Lugné-Poe, compte parmi ses membres Mmes Colette et Suzanne
Després, MM. Alexandre Arnoux, Maurice
Blanchot, Pierre Brisson, Benjamin Crémieux, Kléber Haedens, Thierry
Maulnier, Steve Passseur, André Ransan, Armand Salacrou et René Trintzius.
2. Le
Prix Henri-Dumarest
Le Petit Parisien, 17 juin 1936, p. 4.
L’Académie
a également décerné […] le prix Desmarest, d’une valeur de 11,000 fr., destiné,
dans l’esprit de ses fondateurs, à aider un écrivain de moins de 30 ans dont
l’œuvre ou l’attitude témoigne de préoccupations plus spécialement
spirituelles.
C’est M.
Maurice Blanchot qui a été distingué
par l’Académie.
Collaborateur
politique du Journal des Débats,
rédacteur en chef de l’hebdomadaire Aux
Écoutes, M. Maurice Blanchot, qui vit volontairement éloigné des milieux
littéraires, achève une étude qu’on dit très importante sur certains écrivains
mystiques tels que Jean de la Croix. Il doit faire bientôt ses débuts de
romancier.
R.G.
[Voir aussi Le
Temps, 17 juin 1939, p. 4.]
3.
Quain, juin 1944
Sans
aller jusqu’à contester la réalité de ce qui est arrivé à Blanchot à Quain en
juin 1944, certains commentaires laissent planer un doute sur l’événement. Tout récemment François
Brémondy : « Admettons (jusqu’à preuve du contraire) la réalité des faits[19] ».
Plus
significative sans doute est le fait que dans Maquis dans la plaine, livre qui raconte les événements qui se
déroulèrent dans la région bressane en 1944, son auteur René Pacquet ne fait
aucune mention de Blanchot[20].
Plus
récemment, Olivier Gauthier écrit dans Une
Résistance française en Bresse et en Bourgogne : « Dans son récit L’Instant de ma mort, l’écrivain Maurice
Blanchot raconte […] comment il fut épargné par des soldats russes, lors d’une
perquisition des troupes allemandes dans sa maison de Quain, à Devrouze. Les
événements rapportés dans son livre sont toutefois approximatifs et la scène
décrite ne peut être datée précisément[21]. »
Significatif
dans le contexte de ces hésitations serait donc cet entrefilet qui a paru dans Belgique. Le Quotidien des Belges de France,
no 50, 26 octobre 1944, p. 2 :
On avait
eu de grandes inquiétudes sur le sort de Maurice Blanchot.
Maurice Blanchot se trouvait en Bourgogne,
dans une région où les combats ont été particulièrement sévères. Nous apprenons
qu’il a échappé de peu à l’ennemi. Sa maison a été brûlée, ses livres et
manuscrits détruits. Mais il est lui-même sain et sauf.
Source : Archive
Peter Hoy
Il est à noter que Thierry Maulnier est un contributeur
au journal Belgique, dont le même
numéro contient un article de lui intitulé « Les Lettres : État
présent de la littérature », où il est question de Blanchot, Camus et
d’autres.
4.
Arcachon 1938
Journal des Débats, 24 septembre 1938, p. 2
Déplacements et villégiatures de nos abonnés
[…] M. Blanchot à Arcachon […].
Cette ville figure dans L’Arrêt de mort, qui commence avec la phrase « Ces événements
me sont arrivés en 1938 », pour poursuivre un peu plus loin :
« Depuis le mois de septembre je faisais un séjour à Arcachon. J’étais
seul. C’étaient les jours troubles de Munich[22] ».
(à suivre)
[1].
Lettre à Michael Holland, sans date [selon le cachet de la poste 1 juillet 1974].
[2].
Voir « Tracts, affiches, bulletins », in Maurice Blanchot, Écrits politiques, Éditions Léo Scheer,
2003, p. 120 ; Gallimard, p. 158.
[3]. Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Gallimard, 1969, p. 207.
[4]. Lettre
datée du 25 février 1984, in « Correspondance Maurice Blanchot – Vadim
Kozovoï », Po&sie, no
112-113, 2005, p. 65. Repris dans Lettres
à Vadim Kozovoï , Éditions Manucius, 2009, p. 115.
[5].
Lettre du 8 mai 1984 [c’est Blanchot
qui souligne], in ibidem, p. 67 ;
118. Quelques années plus tard Blanchot
écrira à Pierre Madaule : « tous mes livres sont dispersés comme mes
textes du reste.» (Lettre du 30 décembre 1989, in Maurice Blanchot, Pierre
Madaule, Correspondance 1953 – 2002,
Gallimard, 2012, p. 70.
[6].
Lettre du 7 juillet 1989, in ibid., p. 85 ; 147.
[9].
In Jean-Luc Nancy, Maurice Blanchot.
Passion politique, Galilée, 2011, p. 57.
[10] Voir
Myriam Chimènes et Alexandra Laederich, Regards
sur Debussy, Fayard, 2013.
[12].
Sur un exemplaire de La Théorie de
l’intuition dans la philosophie de Husserl, Félix Alcan, 1930. Mis en vente
il y a plusieurs années. Actuellement introuvable.
[13]. Lettre de Jean Vilar à
Andrée Schlegel. Ce texte a d’abord paru dans les Cahiers Jean Vilar, no 112 de mars 2012. Voir aussi
« Jean Vilar est né il y a 100 ans: des textes
inédits » dans L’Express, 25
mars 2012. En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/scene/jean-vilar-est-mort-il-y-a-100-ans-l-artiste-en-toutes-lettres_1095638.html#LJVaR4fwI7f5qh8D.99.
[14].
Fonctionnaire responsable de la politique de décentralisation théâtrale sous la
Quatrième République. Jeanne Laurent a fréquenté les milieux de « Jeune
France » avant de rejoindre la Résistance aux côtés de Germaine Tillion.
[15].
Maurice Blanchot, lettre à Jeanne Laurent, le 13 juin 1984. Peut être consulté
à la BnF Richelieu, Arts et Spectacles (4 – COL – 8 (31.10)).
[16]. Bruno
Tackels, Les Voix d’Avignon, France
Culture / Seuil, 2007, p. 18. Voir aussi « Lettres à Jean Vilar » par
Bruno Tackels, dans Surpris par la nuit,
émission d’Alain Veinstein sur France-Culture,
vendredi 20 juillet 2007.
[17].
Maurice Blanchot, Note au Secrétariat d’Études au sujet d’Aimer sans savoir qui de Jean Vilar, le 31 juillet 1941. Maison
Jean Vilar, dossier « Jeune France », 4 – JV – 29, 7.
[18].
Maurice Blanchot, Chroniques littéraires
du Journal des Débats, Gallimard, 2007, p. 39.
[19]. François
Brémondy, « Enquête historique et réflexions critiques sur l’itinéraire
politique de Maurice Blanchot », in Lignes,
no 43, mars 2014, p. 89.
[20]. René
Pacquet, Maquis dans la plaine, Pont
d’Ain, Éditions de la Catherinette, 2001.
[21].
Olivier Gauthier, Une Résistance
française en Bresse et en Bourgogne, Vievy, Éditions de l’Escargot Savant,
2011, p. 299, n. 81.
[22].
Maurice Blanchot, L’Arrêt de mort,
Gallimard, 1948, coll. « L’Imaginaire », p. 7,13.
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